Les 10 erreurs courantes aux échecs
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Un coup intermédiaire aux échecs, ou zwischenzug, consiste à jouer un coup qui créer une menace plus urgente au milieu d’une séquence attendue. Le plus souvent une suite de prises, au lieu de reprendre aussitôt. Il ne gagne du matériel ou un temps que si la menace créée est plus pressante que celle à laquelle vous deviez répondre.
Vous prenez un cavalier. Votre adversaire ne reprend pas. Il donne un échec, vous parez, et il reprend seulement ensuite, avec une pièce d’avance. Vous n’avez pourtant rien manqué au niveau du motif : vous avez manqué l’ordre des coups.
C’est la différence entre connaître une tactique et savoir dans quel ordre la jouer. Cet article vous donne la définition, le moment précis où chercher ce coup, la façon de ne plus le subir, et les cas où il se retourne contre vous.
Sommaire
Qu’est-ce qu’un coup intermédiaire aux échecs ?
Un coup intermédiaire est un coup inséré au milieu d’une séquence que les deux joueurs croyaient forcée. Au lieu de jouer la réponse attendue, vous jouez autre chose, à condition que ce coup crée une menace que l’adversaire doit traiter en priorité. Il reprendra son plan ensuite, mais la position aura changé en votre faveur.
Le coup intermédiaire fait partie des quatorze motifs tactiques à connaître, mais il y occupe une place à part. Une fourchette ou un clouage exploitent une faiblesse déjà présente sur l’échiquier. Le coup intermédiaire, lui, exploite une anticipation : celle de votre adversaire, qui a calculé une suite de coups et considéré qu’elle était acquise.
C’est aussi pour cela qu’il fait autant de dégâts chez les joueurs débutants. À ce niveau, on calcule volontiers deux ou trois coups, mais on suppose que l’adversaire répondra par le coup « logique ».
Pourquoi parle-t-on de « zwischenzug » ?
Le terme vient de l’allemand : Zug signifie « coup », zwischen signifie « entre ». Littéralement, un coup joué entre deux autres. Vous rencontrerez aussi in-between move en anglais et intermezzo en italien, qui désignent la même chose.
Retenez le mot français, c’est celui qu’emploient les commentateurs francophones. Le mot allemand vous sera surtout utile pour comprendre les analyses en ligne et les livres traduits.
Êtes-vous obligé de reprendre une pièce aux échecs ?
Non. Aucune règle des échecs n’oblige à prendre ni à reprendre. C’est précisément ce qui rend le coup intermédiaire possible, et c’est le point que la plupart des joueurs débutants n’ont jamais formulé clairement.
La confusion vient souvent d’un autre jeu. Aux dames, la prise est obligatoire. Aux échecs, elle ne l’est jamais. D’où le vieil adage des clubs : les échecs ne sont pas les dames.
En pratique, la reprise est le bon coup dans la grande majorité des positions. Mais « la grande majorité » n’est pas « toujours », et c’est dans cet écart que se logent les points Elo. Chaque fois qu’une prise vient d’être jouée, vous avez un choix, même si votre main a déjà décidé.
Comment fonctionne un coup intermédiaire ?
Un coup intermédiaire ne fonctionne que si la menace qu’il crée est plus urgente que celle à laquelle vous étiez censé répondre. C’est la seule condition, et elle explique tous les cas.
Il existe une hiérarchie de l’urgence, à connaître dans cet ordre :
- L’échec. Le plus contraignant de tous. L’adversaire n’a pas le choix, il doit y répondre immédiatement.
- La menace de mat. Elle passe avant n’importe quel gain matériel.
- L’attaque sur une pièce plus précieuse que celle qui est en prise. Si votre fou est menacé mais que vous attaquez sa tour, vous gagnez l’échange.
Un coup qui ne relève d’aucune de ces trois catégories n’est pas un coup intermédiaire, c’est un coup perdu. Votre adversaire l’ignorera et exécutera son plan avec un temps d’avance.

Les Blancs viennent de jouer Fxe5 et pensent être à l’abri d’une capture de la dame.
En effet, reprendre tout de suite perd la dame : le fou e5 est défendu par le cavalier f3. Les Noirs ont mieux.
1…Fxf3. Le fou prend le cavalier et attaque la dame blanche en e2. Les Blancs doivent traiter cette menace avant toute chose.
2.Dxf3 ou 2.gxf3, peu importe : dans les deux cas, plus rien ne défend le fou e5.
2…Dxe5. Les Noirs ont gagné une pièce. Le coup intermédiaire n’a rien inventé, il a seulement changé l’ordre des coups.
Quand faut-il chercher un coup intermédiaire ?
Le déclencheur est simple : chaque fois qu’une prise vient d’être jouée, avant de reprendre. C’est le seul moment où le coup intermédiaire aux échecs existe, et c’est aussi le moment où votre attention baisse, parce que la reprise semble évidente.
Concrètement, marquez un temps d’arrêt et passez trois questions dans cet ordre.
Avant de reprendre, trois questions :
- Ai-je un échec disponible ?
- Ai-je une menace de mat ?
- Puis-je attaquer une pièce de valeur supérieure à celle qui est en prise chez moi ? Si les trois réponses sont non, reprenez. Sinon, calculez.
C’est les questions que je me pose systématiquement depuis que j’ai perdu trois parties de suite sur ce motif.
Le vrai travail n’est donc pas de comprendre ce motif, ce qui est immédiat, mais de l’installer dans votre routine de travail jusqu’à ce que le temps d’arrêt devienne automatique.
Un point de vigilance : cette pause vaut aussi quand c’est vous qui venez de prendre. Votre adversaire dispose exactement des mêmes trois ressources.
Qu’est-ce qu’un échec intermédiaire ?
Un échec intermédiaire est un coup intermédiaire qui donne échec. Ce n’est pas un motif différent, c’est le cas particulier le plus fréquent et le plus fort, puisque l’échec est la menace la plus contraignante qui existe.
Sa force vient de ce qu’il ne laisse aucune latitude. Face à une attaque sur pièce, l’adversaire peut choisir de l’ignorer et d’accepter la perte. Face à un échec, il n’a rien à choisir.
C’est un motif assez central pour que Murray Chandler en fasse sa dix-neuvième astuce dans La tactique aux échecs pour les enfants, aux côtés de la fourchette et du clouage.

Les Blancs viennent de jouer Txd7 et attendent la reprise Txd7.
Reprendre immédiatement serait naturel. Ce serait aussi laisser filer une tour.
1…Dxa1+. Les Noirs capturent l’autre tour et donnent échec par la même occasion. C’est un échec intermédiaire : la reprise de la tour en d7 attendra.
Les Blancs doivent répondre à l’échec, et ils n’ont que trois coups : 2.Rh2, la seule case de fuite, 2.Cf1, qui interpose le cavalier, ou 2.Dd1, qui perd la dame. Aucun des trois ne sauve la tour d7.
2…Txd7. Les Noirs récupèrent leur tour en d7 après avoir empoché celle de a1.
Sans l’échec intermédiaire, les Noirs reprenaient simplement en d7 et la tour a1 restait sur l’échiquier. Un coup d’écart, une tour de différence.
Que faire quand votre adversaire ne reprend pas ?
Quand votre adversaire ne reprend pas, ne cherchez pas son erreur : cherchez sa menace. Un joueur qui laisse volontairement une pièce en prise a presque toujours un échec, un mat ou une attaque supérieure en réserve. Le supposer distrait est l’hypothèse la plus chère de la partie.
C’est le versant que presque personne ne traite, et c’est celui qui vous coûte le plus cher.
La bonne procédure en trois temps :
- Identifiez ce que son coup menace, avant même de penser à reprendre.
- Comparez les deux urgences. Sa menace est-elle plus forte que la vôtre ?
- Cherchez votre propre coup intermédiaire. Un coup intermédiaire se répond souvent par un autre coup intermédiaire, et c’est le deuxième qui décide de la position.
Le motif se combine d’ailleurs avec beaucoup d’autres. Il apparaît par exemple quand la pièce menacée est enfilée : le défenseur conserve alors une latitude que le coup intermédiaire lui permet parfois d’exploiter.
Un coup intermédiaire peut-il être une mauvaise idée ?
Oui, et c’est l’erreur classique du joueur qui vient de découvrir le motif. Après l’avoir compris, on cherche un coup intermédiaire partout, y compris là où la reprise simple était le meilleur coup.
Trois cas où il se retourne contre son auteur :
- La menace est moins urgente que celle que vous subissez. L’adversaire l’ignore et exécute son plan.
- L’échec améliore la position adverse. Un échec qui force le roi sur une meilleure case, ou qui invite un coup de développement utile, vous fait perdre un temps au lieu d’en gagner.
- Vous créez une deuxième cible. Le coup intermédiaire expose une pièce supplémentaire, et vous vous retrouvez avec deux problèmes au lieu d’un.
Le test est toujours le même : la menace que je crée est-elle plus pressante que celle à laquelle je devais répondre ? Si la réponse n’est pas clairement oui, reprenez.
🚨 Attention : « Un coup intermédiaire n’est pas meilleur par principe. S’il ne crée pas une urgence supérieure, il vous fait simplement perdre un temps. »
Coup intermédiaire ou desperado : quelle différence ?
Le coup intermédiaire crée une menace avant de reprendre. Le desperado sacrifie une pièce déjà condamnée pour en tirer quelque chose avant qu’elle ne tombe.
Les deux termes apparaissent souvent ensemble et se confondent facilement, parce qu’ils se rencontrent au même endroit de la partie, au milieu d’une suite d’échanges. Dans le premier cas, vous gagnez un temps. Dans le second, vous limitez une perte.
Dans le premier cas, vous gagnez un temps. Dans le second, vous limitez une perte : la pièce est perdue de toute façon, autant qu’elle emporte un pion ou une pièce avec elle. Les deux se rencontrent au même endroit de la partie, au milieu d’une suite d’échanges, ce qui explique la confusion.
Deux exercices pour repérer un coup intermédiaire
Prenez le temps de chercher avant de regarder les solutions. L’objectif n’est pas de trouver le coup, c’est de sentir le moment où il faut le chercher.
Exercice 1 : Niveau débutant
Les Blancs viennent de capturer le pion d4. Trouver la meilleure séquence pour les Noirs.
Cliquez ici pour voir la solution
1…FxCf3. Les blancs menacent de prendre soit la tour (5 points), soit le fou (3 points).
Exercice 2 : Niveau intermédiaire
Les blancs ont capturer la tour d5. Trouver la meilleure séquence pour les Noirs.
Cliquez ici pour consulter la solution
1…Th1+ 2.Rxg2.
Fxd5+ 3.f3 Txa1.
Si ces deux exercices vous ont posé problème, le manque n’est pas la connaissance du motif, c’est le volume de répétition. Un recueil d’exercices progressif y répond mieux qu’un article, et j’ai réuni un recueil d’exercices calibré sur votre niveau selon la zone Elo.
Et pour vous entraîner encore plus, je vous invite à consulter le site Lichess.org ou Chess.com (lien affilié).
Ce qu’il faut retenir
Le coup intermédiaire aux échecs n’est pas une tactique difficile à comprendre.
Chaque fois qu’une prise est jouée, la vôtre ou celle de votre adversaire, marquez un temps d’arrêt et cherchez un échec, un mat, ou une attaque sur une pièce plus précieuse. Trois questions, quelques secondes. C’est le meilleur rapport entre l’effort et les points Elo que je connaisse à ce niveau.
Et souvenez-vous du principe qui rend tout cela possible : rien ne vous oblige jamais à reprendre.


